Un parmi tant d’autres

Quand les « disparitions forcées » constituent depuis des décennies un outil de gestion politique au sein d’une « République », à quoi bon parler d’un cas plutôt que d’un autre ?

Parce que parler de l’un d’entre eux, c’est dire et servir tous les autres.

L’acronyme français de  الجمهورية العربية السورية , la République Arabe Syrienne est R.A.S. Rien à signaler ! L’histoire, décidément, ose des ironies que nul n’oserait.

Les mukhabarat (renseignements), ces shabab (jeunes) arborant crânement pistolet à la ceinture, ont accompagné la vie du régime, ils font partie de son paysage. Ils ont donné un visage au contrôle de l’opinion et incarné la nature du pouvoir : une dictature revêtue de l’habit formel de la République. Ils ont été la face ostentatoire de la menace ordinaire  qui pesait sur quiconque aurait voulu sortir la démocratie de l’indigne mascarade à laquelle elle était réduite. Leur omniprésence pesante dans les années 80 s’est faite dans les années 90 plus policée, plus discrète. Plus efficace, peut-être, car plus ciblée, ce qu’autorisaient les évolutions des rapports de force au sein du régime. A cet égard, n’oublions pas, notamment, la mise à l’écart et l’exil après 1983 de Rifaat al-Assad frère de feu le président en titre, Hafez.

A quoi bon évoquer les disparitions, a fortiori, l’une d’elle, alors que le pays est déchiré et que les morts, les massacres et les exactions se déroulent à grande échelle et au su de tous, à l’intérieur depuis toujours, à l’extérieur de façon désormais indéniable ? Alors un cas de disparition parmi tant d’autres…

Parce que ce que l’état de guerre intérieure et les dérives liées à l’enlisement ne doivent pas faire oublier ce qui est à l’origine du large soulèvement populaire porté par son slogan iconoclaste : « la liberté et rien d’autre » !

Evoquons donc le sort d’un disparu recensé par Amnesty International, l’avocat Khalil Matouq, intervenu en Syrie dans des affaires relatives aux droits de l’homme.

Les éléments qui figurent ci-après sont tirés d’une déclaration conjointe formulée par un ensemble d’organisations oeuvrant en faveur de la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales. On en trouvera le texte intégral avec la liste des signataires via l’adresse suivante http://www.amnesty.org/fr/library/info/MDE24/028/2013/fr (disponible en anglais et en français)

[extrait]
4 juin 2013  -Syrie-
La santé de l’avocat et défenseur des droits humains Khalil Matouq se détériore

Khalil Matouq, 54 ans, directeur du Centre syrien pour les études et la recherche juridiques, a été arrêté avec son ami et assistant Mohammed Thatha, 48 ans, le 2 octobre 2012. Il semblerait qu’ils aient été appréhendés à un poste de contrôle des autorités alors qu’ils se rendaient au travail dans la capitale, Damas.
(…)
Khalil Matouq, éminent avocat spécialisé dans la défense des droits humains, a fourni une assistance juridique à de nombreuses victimes d’atteintes aux droits humains en Syrie au fil des années. Il a défendu des centaines de prisonniers politiques, de journalistes et de prisonniers d’opinion, notamment ceux jugés par la Cour suprême de sûreté de l’État – instance dont les procédures étaient loin d’être conformes aux normes internationales d’équité, qui a été supprimée en 2011.

En 2012, il a participé au procès du défenseur des droits humains Mazen Darwish et de ses collègues, arrêtés lors d’une descente des forces de sécurité au Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM) en février la même année.
(…)
De nombreuses sources font état d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements dans les prisons et centres de détention syriens depuis plusieurs décennies. Ces pratiques semblent être directement ou partiellement à l’origine du décès d’une grande partie voire de la plupart des 1 300 personnes qui seraient mortes en détention depuis mars 2011, date à laquelle le mouvement de protestation antigouvernemental a commencé. Les troubles se sont depuis transformés en conflit armé dans tout le pays.
Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées en Syrie, souvent arbitrairement, au cours de cette période. Beaucoup demeurent détenues, dans des conditions s’apparentant fréquemment à une disparition forcée. Certaines ont été déférées devant le tribunal antiterroriste de Damas, qui est en activité depuis septembre 2012. (…)

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